· Immigration Law · 8 min read
Asile, suspension du renvoi et protection CAT : ce qui les distingue
L'asile, la suspension du renvoi et la protection CAT n'exigent pas le même niveau de preuve, ne connaissent pas les mêmes exclusions et ouvrent des avenirs très différents.
Chaque formulaire I-589 vaut demande de trois protections à la fois : l’asile, la suspension du renvoi (withholding of removal) et la protection au titre de la Convention contre la torture (CAT). Ce ne sont pas trois noms pour une même mesure. La comparaison entre l’asile et la suspension du renvoi tient à ce que vous devez prouver, à l’autorité habilitée à l’accorder et à ce que vous détenez au bout du compte. L’asile est la seule des trois protections qui mène à une green card et à un statut pour votre conjoint et vos enfants ; c’est pourquoi notre équipe asile et protection humanitaire traite la suspension du renvoi et la protection CAT comme des solutions de repli plutôt que comme des alternatives. Un motif d’exclusion qui ferme la porte de l’asile laisse pourtant souvent l’une des deux autres ouverte ; chaque dossier est donc préparé en gardant les trois à l’esprit.
Asile ou suspension du renvoi : le niveau de preuve
L’asile prévu par l’INA 208 exige une crainte fondée de persécution en raison de la race, de la religion, de la nationalité, des opinions politiques ou de l’appartenance à un groupe social particulier. Dans l’arrêt INS v. Cardoza-Fonseca, la Cour suprême a jugé qu’une crainte fondée correspond à une possibilité raisonnable de persécution, un critère qui peut être rempli même lorsque la probabilité du préjudice est nettement inférieure à une chance sur deux. Si vous prouvez une persécution passée, la loi présume que vous avez une crainte fondée de persécution future, et le gouvernement doit renverser cette présomption en démontrant un changement de la situation ou l’existence d’un lieu sûr où vous pourriez vous réinstaller.
La suspension du renvoi prévue par l’INA 241(b)(3) protège contre les mêmes cinq motifs, mais elle exige davantage : vous devez démontrer que la persécution est plus probable qu’improbable en cas de retour. Il s’agit d’une nette majorité de probabilité, et non d’une simple possibilité raisonnable.
La protection CAT, prévue par la réglementation aux articles 8 CFR 1208.16 à 1208.18, exige de démontrer qu’il est plus probable qu’improbable que vous soyez torturé, et que la torture serait infligée par un agent public ou avec le consentement ou l’assentiment (acquiescence) d’un agent public. Aucun lien avec un motif protégé n’est exigé. La contrepartie est que la torture est une notion plus étroite que la persécution : une douleur ou des souffrances aiguës, physiques ou mentales, infligées intentionnellement, et non toute forme de préjudice grave.
Qui peut accorder chacune de ces protections
Un agent de l’asile de l’USCIS (asylum officer) peut accorder l’asile dans une procédure affirmative, et un juge de l’immigration peut l’accorder dans le cadre d’une procédure d’expulsion. Il en va autrement de la suspension du renvoi et de la protection CAT. Seul un juge de l’immigration peut les accorder, car toutes deux sont des formes de protection contre une ordonnance d’expulsion.
Cela a une conséquence pratique pour les personnes qui déposent leur demande auprès de l’USCIS. Si l’agent n’accorde pas l’asile et que vous n’avez pas de statut légal, le dossier est transmis au tribunal de l’immigration, et le juge examine les trois formes de protection sur la base du même formulaire I-589. Une personne exclue du bénéfice de l’asile qui dépose malgré tout une demande d’asile affirmative utilise en pratique ce dépôt auprès de l’USCIS comme porte d’entrée vers une demande de suspension du renvoi ou de protection CAT devant un juge. Cette stratégie peut être la bonne, mais elle doit relever d’une décision, et non du hasard.
Ce que vous détenez au bout du compte
L’octroi de l’asile vous confère le statut de bénéficiaire de l’asile (asylee) : vous pouvez travailler, demander un numéro de sécurité sociale (Social Security number), déposer dans les deux ans une pétition sur formulaire I-730 pour votre conjoint et vos enfants non mariés de moins de 21 ans, voyager avec un titre de voyage de réfugié et demander une green card après un an de présence physique. L’asile est par ailleurs discrétionnaire : un juge ou un agent peut le refuser à une personne qui répond à la définition, même si c’est rare en l’absence de facteurs défavorables graves.
La suspension du renvoi est obligatoire si vous remplissez le critère, mais elle s’accompagne d’une ordonnance d’expulsion. Le juge ordonne votre expulsion, puis suspend le renvoi vers le pays précis où vous risquez la persécution. Le gouvernement peut toujours vous renvoyer vers un pays tiers qui accepte de vous accueillir. Vous recevez une autorisation de travail qui doit être renouvelée, vous ne pouvez pas déposer de pétition pour les membres de votre famille, vous ne pouvez pas obtenir de titre de voyage de réfugié, et quitter les États-Unis vaut exécution de l’ordonnance d’expulsion. La suspension du renvoi ne se transforme jamais d’elle-même en green card.
La protection CAT prend deux formes. La suspension du renvoi au titre de la CAT fonctionne comme la suspension du renvoi prévue par la loi. Le sursis au renvoi au titre de la CAT (deferral of removal) est ouvert même aux personnes visées par les motifs d’exclusion décrits ci-dessous, et c’est la protection à laquelle le gouvernement peut le plus facilement mettre fin si la situation change.
Les motifs d’exclusion, et pourquoi une demande aboutit quand une autre échoue
C’est sur les motifs d’exclusion (bars) que les trois protections divergent le plus nettement, et c’est ce qui explique qu’une demande de suspension du renvoi ou de protection CAT puisse aboutir lorsque l’asile est fermé.
- Le délai d’un an pour déposer ne s’applique qu’à l’asile. Si vous avez déposé tardivement et qu’aucune exception ne s’applique, la suspension du renvoi et la protection CAT restent pleinement accessibles. Notre article sur le dépassement du délai d’un an pour demander l’asile présente les exceptions.
- La réinstallation durable dans un pays tiers (firm resettlement) fait obstacle à l’asile, mais pas à la suspension du renvoi ni à la protection CAT.
- Une condamnation pour un crime particulièrement grave fait obstacle à la fois à l’asile et à la suspension du renvoi, mais le seuil diffère. Toute infraction qualifiée d’aggravated felony par la loi sur l’immigration constitue un crime particulièrement grave en matière d’asile ; en matière de suspension du renvoi, une aggravated felony n’est automatiquement un crime particulièrement grave que si la peine totale prononcée atteint au moins cinq ans, et les infractions moins graves sont examinées au cas par cas.
- L’exclusion des persécuteurs, l’exclusion pour crime grave de droit commun et les exclusions liées à la sécurité et au terrorisme s’appliquent aussi bien à l’asile qu’à la suspension du renvoi.
- Le sursis au renvoi au titre de la CAT ne comporte aucun motif d’exclusion, car l’interdiction posée par la Convention de renvoyer une personne vers la torture est absolue.
Un refus antérieur de l’asile, un accord de pays tiers sûr et le pouvoir discrétionnaire ne concernent eux aussi que l’asile.
Comment nous articulons les trois demandes en pratique
L’ordre est toujours le même : l’asile d’abord, la suspension du renvoi ensuite, la protection CAT en troisième lieu, car les avantages diminuent dans cet ordre. La question stratégique est de savoir où porter l’effort. Si le délai d’un an pose problème, l’audience se jouera sur le critère de la suspension du renvoi ; les preuves doivent donc porter la probabilité du préjudice au-delà du seuil de cinquante pour cent, et pas seulement la rendre plausible. Si le persécuteur est un gang ou un cartel et que le lien avec un motif protégé est faible, la demande CAT peut être l’élément le plus solide du dossier, et les preuves doivent alors se concentrer sur l’assentiment des autorités : une police qui refuse d’agir, des agents publics à la solde du groupe, une impunité systématique et documentée.
Chacune de ces demandes est examinée dans le cadre de la procédure d’expulsion, où notre équipe de défense contre l’expulsion les présente ensemble, avec toute autre mesure adaptée, comme l’annulation d’expulsion ou une pétition familiale. L’octroi de la suspension du renvoi ne doit jamais marquer la fin du plan : il vous met à l’abri, mais il ne vous offre aucune voie vers un statut permanent ; nous continuons donc à chercher un chemin vers la green card.
Si vous hésitez sur la forme de protection à demander, ou si l’on vous a dit que l’asile vous était fermé, une consultation avec Capitol Law Partners permet de déterminer quelles portes restent ouvertes. Planifiez une consultation.
Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un avis juridique. Cette communication ne crée aucune relation avocat-client.
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